Il faut vivre !
L'azur au-dessus comme un glaive,
Prêt à trancher le fil qui nous retient debout.
Il faut vivre partout, dans la boue et le rêve,
En aimant à la fois et le rêve et la boue...
Il faut se dépêcher d'adorer ce qui passe !
Un film à la télé, un regard dans la cour,
Un coeur fragile et nu sous une carapace,
Une allure de fille éphémère qui court...
Je veux la chair joyeuse et qui lit tous les livres !
Des poètes aux polars, de la Bible à Vermot.
M'endormir presque à jeun et me réveiller ivre,
Avoir le premier geste et pas le dernier mot...
Étouffer d'émotion, de désir, de musique...
Écouter le silence où Mozart chante encore...
Avoir une mémoire hypocrite, amnésique...
Réfractaire aux regrets, indulgente aux remords...
Il faut vivre, il faut peindre avec ou sans palette,
Et sculpter dans le marbre effrayant du destin
Les ailes mortes du Moulin de la Galette,
La robe de mariée où s'endort la putain...
Il faut voir Dieu descendre une ruelle morne
En sifflotant un air de rancune et d'espoir
Et le diable rêver, en aiguisant ses cornes,
Que la lumière prend sa source dans le noir...
On n'a jamais le temps ! Le temps nous a !
Il traîne comme un fleuve de plaine aux méandres moqueurs...
Mais on y trouve un lit et un chant de sirène
Et un songe accroché au pas du remorqueur...
Jamais ce qui éteint, jamais ce qui dégoûte !
Toujours, toujours, toujours ce qui fait avancer !
Il faut boire ses jours, un à un, goutte à goutte
Et ne trouver de l'or que pour le dépenser !
Qu'on s'appelle Suzanne, Serge ou que sais-je !
Quidam évanescent, anonyme, paumé...
Il faut croire au soleil en adorant la neige
Et trouver le plus-que-parfait du verbe aimer...
Il faut vivre d'amour, d'amitié, de défaites,
Donner à perte d'âme, éclater de passion,
Pour que l'on puisse écrire à la fin de la fête :
Quelque chose a changé pendant que nous passions...